ITx Café #6 – Pour un numérique plus sobre

ITx Café #6 – Pour un numérique plus sobre

Le numérique a un impact réel et de plus en plus fort sur l’environnement. Nos métiers du numérique vont eux aussi engager une transition écologique pour rendre le numérique plus sobre. Vincent Frattaroli, CEO d’inside|app partage ses convictions à ce sujet.

1) L’impact environnemental va changer les usages numériques

Ces chiffres commencent à être largement diffusés et commentés : le numérique serait responsable 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit plus de 4 fois celles de la France.

Dans un contexte de forte croissance des usages, des terminaux et équipements, il est clair que cette tendance ne devrait que s’accentuer dans les années à venir.

Plus largement, le numérique a un impact significatif sur l’environnement car il

  • utilise de nombreuses ressources naturelles : eau, terre, métaux, parfois rares, pour fabriquer les serveurs, équipement réseaux et surtout PC, tablettes et smartphones
  • consomme de l’énergie (entre 7 et 10% de l’électricité mondiale)
  • pollue les sols et rivières (déchet des terminaux et équipements usagers)

Pour ne donner qu’un exemple concernant la fabrication des équipements : il faut 70 kg de matière première pour fabriquer un smartphone de 200g, dont on recyclera 10 à 20g…

L’impact environnemental du numérique intervient tout au long du cycle de vie de l’écosystème : de la fabrication des équipements à leur recyclage, du développement d’un service à son utilisation.

Impact Environnemental

Même si la prise de conscience de cet impact environnemental du numérique au sein de la profession fait son chemin, force est de constater que les actions concrètes sont encore timides. Elles se cantonnent le plus souvent à rendre son datacenter plus vert et à recycler les équipements informatiques.

Pourtant, comme dans les autres industries, la transition vers un numérique plus écologique semble inéluctable.

La question n’est donc pas si le numérique doit devenir davantage “vert” mais quand cela va vraiment devenir une priorité et quelle stratégie adopter pour entreprises, chaque acteur (consommateur, constructeur, éditeur de service) devant évoluer ses pratiques à l’avenir

2) Quels leviers pour les entreprises ?

Les entreprises disposent de plusieurs leviers d’actions pour améliorer leur empreinte environnementale sur le numérique, aussi bien en interne qu’envers leurs  consommateurs.

Fabrication - Usages - Déchets

Parmi ces leviers, l’éco-conception des applications est probablement le plus intéressant et mal connu.

L’éco-conception consiste à concevoir et développer son service de manière à utiliser le moins de ressources possibles sur toute la chaîne (serveurs, réseaux, terminaux). Même si les équipements télécoms et les terminaux ne sont pas dans le périmètre direct des éditeurs de service, la façon dont est conçu et réalisé le service doit être la responsabilité de l’éditeur car il a des impacts sur toute la chaîne.

Il est possible d’agir à 3 niveaux

1/ Agir sur les aspects techniques

Il s’agit de développer le service en optimisant :

  • le volume de données et nombre de requêtes transitant entre l’utilisateur et le serveur
  • le volume de données stockées sur les serveurs
  • l’utilisation de la CPU et mémoire des terminaux et équipements

Les leviers techniques sont nombreux :

  • les nombres et types de traitements sur les serveurs (nombre de requêtes, taille et compression des fichiers, caching, choix des technologies les moins “verbeuses”…),
  • la quantité de données transmises sur le réseau (concaténation des requêtes, caching réseau, compression des données…)
  • la consommation de données sur le terminal (lazy loading, caching, choix des framework Front pour optimiser le traitement des données, l’affichage etc.)

Il faut le reconnaître, l’augmentation des débits des réseaux fixes et mobiles et de la puissance de calcul des terminaux a trop souvent éloigné les développeurs de ces considérations. La gestion des ressources et de la bande passante qui était une réelle préoccupation au début du web s’est un peu évaporée au cours du temps.

Il va ainsi falloir rééduquer les équipes techniques à être plus économes en ressources.

Non seulement ces optimisations permettent de réduire l’empreinte environnementale mais elles sont aussi un gage de performance technique et donc de fluidité et qualité de service pour l’utilisateur. Elles permettent de surcroît des économies : en bande passante, coûts serveurs, en stockage et de coûts de maintenance et de gestion de la dette technique.

2/ Agir sur le design et les contenus

Une interface sobre, avec peu d’animations graphiques et d’images, sans recours à la lecture automatique de vidéo est naturellement plus économe en énergie qu’une interface riche.

Sans bien sûr renoncer à la « désirabilité » et aux contenus riches, il faut repenser le design des services et les contenus pour davantage de sobriété. L’approche mobile first, plus sobre que le Web “traditionnel”, qui s’est largement étendue au Web desktop est à ce titre bénéfique pour l’environnement.

3/ Réduire la pression marketing

Les emailing marketing massifs et non ciblés génèrent du trafic et du stockage inutiles.
Réduire cette pression marketing satisferait les consommateurs et réduirait le gaspillage numérique. Il peut néanmoins être compliqué de passer d’un marketing quantitatif à un approche plus qualitative et ciblée, cette dernière exigeant un recueil plus important de données… demandant donc plus de traitements et de capacité de stockage, le tout dans le respect de contraintes réglementaires incitant à l’effet inverse

De même, les mises à jour des Apps sont très consommatrices de données. En publiant une nouvelle version sur les Stores toutes les semaines ou tous les 15 jours, l’éditeur incite ses utilisateurs à télécharger des données alors qu’ils n’utiliseront peut-être pas l’app pendant les semaines à venir. Baisser le rythme de publication permet aussi de diminuer son empreinte carbone numérique, de même que baisser la taille des applications à télécharger.

3) Comment démarrer sa transition vers un numérique écologique

La sobriété numérique sera dans quelques années une exigence des consommateurs, comme c’est le cas aujourd’hui pour d’autres produits et services. Comme souvent, cette révolution surprendra par sa rapidité et son ampleur. Les dirigeants de start-ups et leaders digitaux des grandes entreprises doivent donc dès à présent intégrer cette dimension dans leur stratégie et dans le quotidien des équipes.

Il est important pour les entreprises d’initier une démarche digitale éco-responsable, même modestement, pour initier ce changement de culture dans les équipes.

Nous recommandons une approche pragmatique, en 3 étapes :

Démarrer sa transition

Le calcul et l’optimisation de son bilan carbone digital est une démarche fondatrice de cette démarche.

Même sommaire (en comptant les volume de données générées par les services, les requêtes, la taille des applications ou un mélange de ces critères), même faux, ce bilan vous donnera un référentiel et permettra de travailler sur des objectifs de réductions année après année.

Un objectif de 20% à 30% de baisse (à volumétrie d’usages constante) peut être atteint la première année en agissant sur les leviers techniques. Les baisses seront un peu moins fortes les années suivantes, sauf à agir sur les leviers marketing / contenus.

Dans tous les cas, il faut se lancer, inculquer ce réflexe dans vos métiers. Ce changement de culture va être aussi fort que l’introduction des méthodes “UX centric” dans la conception des projets.

Conclusion

La plupart des stratégies d’entreprise se fondent aujourd’hui sur des approches de développement durable et responsable. La lutte pour la sauvegarde de l’environnement va devenir une priorité dans chaque secteur de l’entreprise.

Il y aura certainement avant 2025 une réelle conscience écologique digitale chez les consommateurs : il faut démarrer maintenant pour avoir un vrai résultat et une crédibilité quand le marché sera mature.

Je suis convaincu que les consommateurs vont dans quelques années apprendre à ne plus gaspiller leurs usages numériques. Ne plus envoyer autant de mails inutiles. Ne plus poster une photo banale. Ne plus visionner N fois certaines vidéos en streaming. Espacer la visite à certaines applications. Petit à petit le réflexe de tri, d’anti-gaspillage va s’installer dans les usages et comportements numériques.

Cela nous semble impensable aujourd’hui mais cette révolution pourrait arriver plus vite que nous ne le pensons.

Les entreprises devront accompagner les consommateurs dans ce changement de culture de “l’open bar numérique” à une consommation numérique raisonnée. Cette transition passera par un changement de culture et de pratiques important au sein des équipes numériques des entreprises; ce changement doit être initié même modestement dès à présent pour ne pas se laisser dépasser par les leaders du marché et consommateurs.

L'avis du Cabinet

Evolution indispensable et vertueuse, la prise en compte de l’éco-conception a, comme la sécurité ou l’accessibilité, toute sa place dans la boîte à outil des CDO, CTO, DSI et équipes Dev ou Ops.

Nous pourrions la croire réservée à des sociétés de taille importante, pouvant structurer et financer une démarche d’entreprise ; fort heureusement, cette démarche qui s’apparente à une approche de type Lean est accessible à tous – pour peu que l’on se fixe des objectifs raisonnables, et que l’on adopte une démarche d’amélioration continue construite sur de petites puis de plus grande victoires.

A titre d’exemple, un de nos clients (Avomark – Agence de marketing digital) s’est engagé récemment récemment dans cette démarche en formalisant une politique et quelques règles simple d’éco-ingénierie logicielle, tout en optimisant sa consommation de ressources en optimisant son parc matériel et applicatif.

Vous trouverez ci-dessous quelques références pour continuer la lecture :